Photographes en résidence
Au 31 mai
Carte blanche pour expérimenter
Au cœur des Rencontres de la jeune photographie internationale se trouve une résidence unique. Six photographes émergent·es, français·es et internationaux·ales, sont invité·es à Niort en résidence de création. Accompagné·es par Grégoire Eloy, iels ont carte blanche pour expérimenter et confronter leurs pratiques pendant deux semaines.
Cette année 2 photographes supplémentaires viennent se joindre à la résidence grâce à des programmes associés:
– Planches Contact Festival à Deauville: Naïma Lecomte, lauréate du Prix de la Jeune Création Photographique du festival normand.
– Institut français du Cambodge et Villa Marguerite Duras: suite à un appel à candidatures, Raksmey Kong, photographe cambodgienne se joindra à la résidence.
L’exposition des photographes en résidence est présentée pour la première chez nos voisins du musée Bernard d’Agesci!
Et également pour la première fois, l’exposition extraite des dossiers de candidatures côtoie les œuvres créées à Niort.
Infos pratiques
Les photographes en résidence
Iels seront à Niort du 3 au 20 avril. Envie de les accompagner dans leurs projets? Venez les rencontrer samedi 4 avril à 18h à l’auditorium de la médiathèque Pierre-Moinot.
Emanuela Cherchi (Italie/France)
Pour cette résidence sur le territoire niortais, j’aimerais approfondir mes recherches actuelles sur la relation entre l’être humain et les autres animaux en explorant particulièrement la notion de soin désintéressé, celui qui se pratique sans attente de réciprocité ou de profit. Dans un contexte où l’animal est souvent perçu à travers le prisme de sa fonction alimentaire, scientifique, ou de compagnie, comment l’humain peut-il véritablement dépasser cette logique utilitaire pour offrir un soin pur, guidé uniquement par l’altruisme et le respect de l’animal en tant qu’être vivant?
Pour approfondir ce sujet, je souhaiterais articuler mon travail autour d’un centre de soins pour la faune sauvage implanté sur le territoire, envisagé comme un lieu d’observation et de réflexion sur les pratiques de soin apportées aux animaux non humains. Ce type de structure a pour vocation d’accueillir des animaux blessés ou en détresse, afin de leur prodiguer des soins et de les réhabiliter en vue d’un retour dans leur milieu naturel.
En ce moment, je m’intéresse à des histoires qui incarnent une forme de catharsis, même discrète. Au cours de cette résidence, j’aimerais observer si des initiatives de ce type, ou d’autres contextes similaires présents sur le territoire, s’inscrivent dans cette démarche, et réfléchir à la manière de les transcrire en images.
Site d’Emanuela Cherchi
Cloé Harent (France)
Pour la résidence de création à la Villa Pérochon, je souhaite faire naître un projet inspiré par la disparition d’un berger qui a marqué mon enfance, ravivant en moi le désir de retrouver l’univers des brebis et d’honorer ce lien ancestral.
Je voudrais développer un corpus photographique sensible autour de « L’étude de la brebis », du cycle de vie du troupeau et de la matérialité du monde pastoral — laine, poussière, gestes, paysages. Ce temps de recherche en résidence me permettrait également d’ouvrir une porte sur le questionnement de la matérialité de mes images et d’explorer de nouvelles formes plus plasticiennes. Enfin, cette immersion serait l’occasion de rencontrer deux fermes autour de Niort, afin d’enrichir ce corpus.
Site de Cloé Harent
Raksmey Kong (Cambodge)
Le projet que je souhaite développer à Niort s’articule autour de la vulnérabilité, du renouveau, du corps en relation avec la nature, de l’eau, des textures, de la lumière et du temps long de la transformation. Inspiré par les écosystèmes fluviaux et les environnements fragiles, il associera photographie documentaire-poétique et vidéo afin de saisir des moments de douceur, d’exposition et de renaissance. Plutôt que de représenter la guérison comme un processus rapide ou achevé, le travail met l’accent sur la lenteur, la fragilité et une forme de force silencieuse, créant un espace visuel où la vulnérabilité devient le point de départ du renouveau.
Compte Instagram de Raksmey Kong
Antoine Lecharny (France)
Située à cinquante kilomètres de Niort, Sainte-Soline est devenue un symbole des mouvements d’opposition citoyens écologistes et des enjeux sociétaux liés à l’eau. Dans cette commune rurale, une excavation rectangulaire de quinze hectares avait été creusée pour accueillir 628 000 m³ d’eau. Pompée en hiver, cette réserve était destinée à irriguer les champs alentour en été.
Au yeux de ses opposants, ce projet de méga-bassine représentait une privatisation d’une ressource commune vitale à des fins productivistes privées. Parmi les nombreuses mobilisations, celle du 25 mars 2023 a été la plus violemment réprimée par la gendarmerie, occasionnant alors de très nombreux blessés et des tensions toujours intactes entre citoyens et représentants de l’État et de l’agro-industrie.
Aujourd’hui, alors que nous avons davantage de recul sur la situation, que la justice s’est prononcée et que de nombreux textes de sociologues, agronomes, hydrologues ou géographes ont été publiés sur la question, il me paraît intéressant de documenter par la photographie les traces de ces mouvements de résistance, de leur répression, ainsi que leurs manifestations actuelles.
Site d’Antoine Lecharny
Naïma Lecomte (France)
Ce temps de résidence, assez concentré, va m’amener à sortir des habitudes que j’ai lors de mes projets, construits sur le temps long, avec des retours répétés sur les mêmes lieux. Ici, le cadre plus resserré de la résidence m’invitera à adapter ma pratique et expérimenter d’autres manières de travailler.
Pendant la résidence à la Villa Pérochon, je souhaite travailler autour des jardins partagés et ouvriers de Niort, notamment ceux du quai de Belle-Île. Sur le temps de création, j’aimerais observer les présences et la vie quotidienne dans ces lieux. Le projet se construira à partir d’une approche attentive aux gestes et aux habitudes qui les dessinent au fil des jours.
Site de Naïma Lecomte
Arthur Perrin (France)
Dans une partie des mouvements écologistes émergent aujourd’hui de nouvelles formes de spiritualité : rituels liés au vivant, pratiques “new age”, croyances énergétiques ou récits réinventés. Longtemps sceptique, j’ai commencé à questionner mes certitudes face à l’apparition de ces croyances dans les luttes écologiques. Ce projet cherche à comprendre pourquoi, dans un contexte d’urgence environnementale, certains se tournent vers l’invisible pour trouver sens ou réenchantement. Je souhaite rencontrer celles et ceux qui portent ces pratiques et explorer visuellement ce glissement vers une spiritualité contemporaine, en abordant ce phénomène avec nuance.
Site d’Arthur Perrin
Marie Wengler (Danemark)
Au cours de ma résidence à la Villa Pérochon, je prévois de développer un projet photographique spécifique au site intitulé Vous ne me verrez jamais le samedi (You shall never see me on Saturday). Ce projet explore la manière dont le mythe médiéval de Mélusine continue de résonner à travers le paysage et l’architecture de Niort.
À travers 7 à 10 photographies mises en scène en dialogue avec l’environnement bâti de la ville, j’étudierai comment les thèmes du secret, de la solitude et de la transformation – au cœur de la légende de Mélusine – résonnent encore dans les tours, les églises, les forêts et les rivières liées à son histoire. Plutôt que d’illustrer directement le mythe, la série évoquera son atmosphère, utilisant Mélusine comme une lentille pour examiner comment le mythe s’ancre dans un lieu et façonne l’imaginaire collectif.
Site de Marie Wengler
Jonas Wibaux (France)
C’est la première fois que je pars en résidence et que je vais consacrer deux semaines uniquement à la photographie. J’ai l’habitude de photographier au quotidien, souvent en parallèle d’autres activités et j’ai hâte de créer une autre dynamique de travail en sortant de ce cadre. Je souhaiterais profiter de ce temps pour m’imprégner de Niort et de ses environs, et avancer au gré des rencontres. Je n’ai pas de projet précisément défini mais plusieurs thèmes m’intéressent. Je pense aller à la rencontre de paysans locaux et m’intéresser à l’eau dans la région (Sèvre niortaise, marais poitevin, agriculture agro-industrielle), dans la continuité du travail photographique que j’ai mené jusqu’à présent, entre documentation du travail agricole et des luttes environnementales, notamment contre les mégabassines dans les Deux-Sèvres.
Compte Instagram de Jonas Wibaux