Que reste-t-il?
Au 31 juillet
Que reste-t-il?
« Que restera-t-il de cette étrange période où nous nous sommes majoritairement trouvés confinés durant plusieurs mois.
À l’initiative des Filles de la photo et du réseau Diagonal qui ont mis en place des e-lectures de portfolios je me suis plongé avec délectation dans la lecture des trois cents dossiers proposés ! Délectation due certainement à ce sentiment de refus de cette situation. Oui, malgré tout, j’irai à la rencontre et à la découverte de nouveaux propos artistiques, de préoccupations et de questionnements artistiques actuels, d’artistes…
Alors juste avant la fermeture pour les travaux tant attendus de l’aménagement des deux derniers étages de la villa Pérochon en 2021, voici le positif du virus: l’exposition des œuvres de Claire DORN, Myriem KARIM, Raphaëlle PERIA et Clarisse REBOTIER.
Que reste-il de l’usage de ces vieilles pellicules périmées utilisées par Myriem Karim, de ces photos grattées, excavées, vidées en partie de leur matière de Raphaëlle Peria? Que reste-t-il des témoignages recueillis par Claire Dorn de ces instants où la douleur croise le bonheur de la naissance ? Et que restera-t-il d’humain sur notre planète en 2054… les fictions de Clarisse Rebotier? En parcourant les œuvres présentées par ces quatre artistes, peut-être, que comme moi, l’émotion nous réunira. » Patrick Delat
Infos pratiques
Claire Dorn
Amazones, paroles de femmes
Ce travail est né de la rencontre avec Xènia, mère d’un petit garçon, qui plusieurs mois après son accouchement, n’arrivait pas à se sentir sereine avec la césarienne qu’elle avait subi. Comme si la question de la césarienne était enveloppée d’un tabou. Se sont alors soulevées des questions physiologiques, psychiques, relationnelles… Ces questions j’ai voulu les poser à d’autres femmes pour avoir leur témoignage. Dans quelles conditions ont été pratiquées leurs césariennes? Comment ont-elles été préparées à cet acte chirurgical? Comment ces patientes ont-elles été considérées lors de cette opération ? Comment ces mères ont-elles vécu la césarienne, avant et après l’opération? Quelle relation ont-elles à leur accouchement? Quel est l’impact qui découle de cet accouchement sur la relation avec leur enfant? Quel regard sentent-elles en ayant accouché par césarienne… Cette cicatrice est bien plus qu’une simple marque sur le corps: c’est dans l’intimité de la chair des femmes que se jouent des questions politiques.

Myriem Karim
J’ai cherché ton onde fuyante
Autodidacte, son travail photographique interroge notre rapport aux lieux et à la matière en alliant poésie et photographie, deux médiums qu’elle considère indépendants dans leur pratique mais complémentaires. Sa photographie raconte toujours l’histoire d’un corps et d’un espace paysagé mettant en relief leurs interactions et réciprocité, un regard posé à l’intérieur d’un paysage, une observation de lieux inhabités, naturels, qui questionne le rapport des traces et des empreintes mutuelles. Ses images revisitent des lieux qu’elle a déjà photographiés lors de pérégrinations aléatoires (Je suis venue ici, déjà 2018). Cette répétition fait partie intégrante de sa démarche artistique et les aléas de la photographie argentique lui permettent une approche expérimentale, notamment grâce à des pellicules périmés.
J’ai cherché ton onde fuyante est représentée dans cette exposition par 30 photographie. L’artiste y aborde le thème de la nature, en utilisant l’eau comme fil conducteur. Elle traite de la modification des paysages naturels par l’eau, et utilise la photographie pour laisser une trace de ces changements.

Raphaëlle Peria
Hopea Odorata ; Narcissus in Flores ; Fluo beaching
La Villa Pérochon accueille au sein de ses murs trois séries réalisées par Raphaëlle Peria. L’une d’elles se nomme Hopea Odorata, et représenta des temples du Cambodge prisonniers d’une nature luxuriante.
Narcissus Flores évoque quant à elle, des plantes en voie de disparition dans des marécages.
Fluo beaching traite de l’effondrement des écosystèmes coralliens à cause de la pollution des mers par l’homme. Pour ce travail, l’artiste devait se rendre à Tahiti, mais le confinement l’a contrainte à se rentre à la place dans les aquariums de Paris, où elle n’a pas pu photographier tout ce qu’elle souhaitait. Afin de compléter son travail, elle a pris des photographies de fonds coralliens sur internet, libres de droit.
Dans ces différentes travaux, elle gratte la matière pour donner du volume au papier photographique. Pour cela, elle utilise des scalpels, une fraiseuse de dentiste et d’autres outils chirurgicaux. cette méthode rend ces images uniques.

Clarisse Rebotier
2054
2054 est une série hors-normes qui questionne notre identité et ce qui fait notre condition d’être humain, par le biais du pas de côté, du décalage, et avec cette pointe d’humour et de fantaisie qui caractérise l’artiste. Une atmosphère de fin du monde: des rats, aux airs humains — trop humains — errent seuls sur une Terre dévastée. Conjuguant humour et tragédie, ce memento mori satirique s’inspire des danses macabres et nous rappelle en creux à notre finitude. Parce que, même s’ils sont morts et se contorsionnent, ces rats ont un petit quelque chose de mignon… Ils sont comme nous : beaux et tragiques à la fois. Mêlant la photographie argentique à une forme inédite de naturalisation, cette série a été réalisée lors d’une résidence en partenariat avec le taxidermiste du muséum d’Histoire naturelle de Paris. L’artiste a créé une technique de « sculpture organique éphémère » que seule la photographie pouvait immortaliser. Le corps des animaux est maintenu en situation, pour un laps de temps très court avant de s’affaisser. La prise de vue doit ainsi être réalisée dans l’urgence pour capter les mises en scènes.
À l’image de ce monde abîmé dont il faudrait prendre soin, ces drôles de petits êtres fragiles sont réellement en suspend, à la limite de la disparition. Anticipation ironique ? Sur une planète où le Vivant aurait disparu ? Cette série a fait l’objet de l’édition exceptionnelle d’un portfolio aux éditions HEMERIA.
