Joan FONTCUBERTA
Monstres
Au 27 mai
Rencontres de la jeune photographie internationale 2023
Invité d’honneur
L’ancien monde – la photographie comme promesse de vérité et de mémoire – se meurt et le nouveau monde – les images générées par l’intelligence artificielle – peine à émerger. Du document à la spéculation, des images naturelles aux images fausses, dans cette exposition Joan Fontcuberta propose précisément de tracer le clair-obscur, tout en pointant du doigt les monstruosités naissantes : monstruosités du langage, de la technique, du politique, de l’histoire. En latin, «monstrum» était une voix religieuse qui désignait un prodige, un événement surnaturel, et de «monstrum» dérivent «monstrare» et «demonstrare» : montrer et démontrer, des verbes qui nous renvoient à l’univers de l’expérience et de la connaissance. Cette fois on va essayer justement de montrer les monstres.
Monstres s’aventure donc à travers une série de conflits et de violences de notre temps en essayant toujours de sauver, cependant, ce qui nous rend encore humains et nous engage à des valeurs qui rejettent la barbarie. Il présente une demi-douzaine de projets récents, à la fois poétiques et disruptifs, allant de Trauma à Prosopagnosia (réalisé avec Pilar Rosado). Un alpha et un oméga : des débris de la photographie – les images d’archives et d’albums de famille qui s’abîment et deviennent amnésiques, alors que leur plus terrible beauté transparaît – aux prédictions d’avenirs possibles et aux algorithmes, dont on ne sait pas s’ils sont des cauchemars ou des garanties de progrès.
Entre le regard critique et le concept, entre le poétique et l’humour, Fontcuberta essaie de faire en sorte que les images cessent d’être un territoire inhospitalier : si le précepte de Francisco de Goya établissait que «le rêve de la raison produit des monstres», il faut assumer le devoir de le renverser et faire que le rêve des monstres produise la raison. Bref, il faut essayer de repenser la photographie, donc d’apprivoiser les monstres.
Séries présentées :
Trauma, Élevage de poussière, À la mémoire, Gastropoda, Fahrenheit 451, Prosopagnosia, Phrenographies.
“Il vecchio mondo sta morendo. Quello nuovo tarda a comparire. E in questo chiaroscuro nascono i mostri”
«L’ancien monde se meurt. Le nouveau met du temps à apparaître. Et dans ce clair-obscur, des monstres naissent.»
Antonio Gramsci
Informations pratiques
Biographie
Hormis son travail d’artiste visuel orienté vers le champ de la photographie, Joan Fontcuberta, né à Barcelone en 1955, pratique une activité plurielle comme enseignant, critique, commissaire d’exposition et historien.
À travers la manipulation de l’image photographique, il développe une œuvre qui s’interroge sur les effets du réel et la capacité de vérité produits par l’image technologique. Dans une logique de dénonciation des discours autoritaires dans le contexte de l’information, il démonte, à travers différentes séries — Herbarium, Fauna, Spoutnik, Les Sirènes de Digne, Miracles et Cie… — le langage propre aux disciplines de la science, de l’information et d’autres vecteurs de la connaissance. Dans ses derniers projets il s’intéresse à la nature et à la fonction de l’image dans la culture numérique.
Entre 1978 et 1986, il enseigne à l’École des beaux-arts de Barcelone. Puis il sera professeur invité dans différents centres et universités en Europe et aux États-Unis (Universitat Pompeu Fabra à Barcelone, Harvard University de Cambridge aux États-Unis, University of Wales au Royaume-Uni, Le Fresnoy en France).
Bibliographie non exhaustive : Le baiser de Judas. Photographie et vérité (éd. Actes Sud, Arles, 1996) ; Science et Friction, Photographie, Nature, Artifice (éd. Mestizo, Murcia, 1998) ; Le boîtier de Pandore. La photogr@phie après la photographie (éd. Textuel, Paris, 2017) ; La fúria de las imágenes. Notas sobre la postfotografía (éd. Galaxia Gutemberg, Barcelone, 2016)…
Ses principales expositions personnelles : MoMA (New York, 1988), M.I.T. (Cambridge, 1988), musée Cantini (Marseille, 1990), Art Institute (Chicago, 1990), IVAM (Valence, 1992), MNAC (Barcelone, 1999), Museum of Fine Arts (Fukui, Japon), Palazzo delle Esposizioni (Roma, 2001), ARTIUM (Vitoria / Gasteiz, 2003), Centre de la Imatge / Palau de la Virreina (Barcelone, 2008), Maison européenne de la pho- tographie (Paris, 2014), Science Museum (Londres, 2014), Museum Angewandte Kunst (Francfort, 2015), et Museo de Arte del Banco de la República (Bogotá, 2016).